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Les émissions inédites de 1992

Explications d'une disparition : Le poids de la réussite et un phénomène insolite

Quatre émissions hors de la circulation, c'est inattendu. Pour mieux comprendre les raisons d'une disparition aussi soudaine, une mise en contexte est nécessaire...

Pour beaucoup de passionnés de l'émission, 1992 est une saison obscure, perdue entre deux années marquantes. Pourtant on oublie qu'il s'agit d'une saison particulière en soi. En effet 1992 est une année à risques et à enjeux. Pourquoi ? Car cette année succède à une saison qui a fidélisé de très nombreux téléspectateurs. Et il est ainsi impossible d'expliquer le pourquoi de 1992 sans résumer le comment de 1991.

L'écriture nouvelle des fondamentaux

Le fort prend ses quartiers d'hiver après une première saison dont l'audience générale est un peu faible et sans coups d'éclat. 1991, c'est donc le pari gagné de la production après une saison 1990 en demi-teinte. Cette réussite, on la doit à des modifications sur l'ensemble des points du programme. L'idée est de faire table rase de ses aspects trop vagues, trop répétitifs et trop lents. En somme : de nouvelles règles du jeu qui structurent le rythme de l'émission, l'animation des présentateurs et l'imaginaire du jeu sont retravaillés pour clarifier l'univers de l'émission, le tournage de vingt-sept numéros diffusés sans interruptions de juin à janvier accompagne le public et s'imprime dans l'imaginaire collectif. L'image de l'émission change aussi. Si on mettait en avant l'idée originale du concept du jeu en 1990 on souhaite dorénavant parler du goût du risque et de l'aventure.

Les changements sont nombreux pour cette saison 1991 qui met les sensations fortes au cœur du jeu.

Le jeu passionne dès les premiers numéros. Les nouvelles épreuves à sensations remuent l'audience. De nombreuses candidatures sont envoyés à Tilt Production pour la saison d'hiver qui se prépare. Des candidats analysent assidûment chaque émission pour élaborer des tactiques et connaître les épreuves qui se cachent derrière chaque porte. Les équipes retenues se préparent plusieurs mois à l'avance pour être prêt le jour J...

Cet engouement national autour de cette émission n'est donc pas à prendre à la légère. En témoigne l'apothéose qu'a été l'émission spéciale des Fort trouillards composé des animateurs d'Antenne 2 : 11 580 000 téléspectateurs devant leurs écrans et 44,1% de part de marché ! Pour le programme c'est un succès d’audience inégalé depuis !

En 1991, pour la première fois la beauté du fort est sublimée par la nuit... parfois aussi par une pluie bien drue et une mer démontée !

La saison 1992 est donc très attendue par de nombreuses familles. À présent que le programme arrive enfin à plaire, comment poursuivre sur cette fabuleuse lancée ? La réponse de la production est claire... On ne touche plus à rien ! Après tout, pourquoi tuer la poule aux œufs d'or ? Eh oui, il y a un grand besoin de pérenniser le programme et de jouer la sécurité pour la survie de Tilt Production. En effet la lourde dette envers le conseil général de Charente-Maritime pour la rénovation du fort en 1990 est loin d'être réglée. Un échec conduisant à l'arrêt définitif de l'émission à cette époque précise aurait de lourdes conséquences pour la société de production. Mais en dépit des apparences, le défi reste de taille. Car conserver l'engouement autour d'une formule qui plaît sans lasser le public est loin d'être aisée.

Alors pour la première fois on voit une forme de stabilité dans l'évolution du programme : la quête des clés et la recherche des indices continue, il n'y a plus de changements de règles en cours de saison, comme l'année précédente la nouvelle fournée d'épreuves et d'aventures vient renouveler le contenu de l'émission, comme à l'accoutumée des anonymes concourent toujours pour se partager le trésor du fort entre eux,... Dorénavant on améliore, on ne change plus. Et cela va durer des années et des années.

Une résolution, des évolutions...

On cherche à présent à polir les détails, en particulier sur la forme de l'émission. Les remaniements sont multiples autant sur les tournages qu'en post-production : des nouvelles épreuves spectaculaires, un plus grand nombre de saynètes par émission, un cadrage plus audacieux, de nouveaux personnages, une phase de libération des prisonniers à suspense, un nouveau logo chatoyant dont le lettrage et l'agencement ne changera plus jusqu'à aujourd'hui, un habillage retravaillé ici et là, des nouvelles musiques, des jingles musicaux qui soulignent l'intervention de personnages ou les moments de tension et un montage plus dynamique qui retire certains moments de flottement.

En réalité toutes ces modifications sous-entendent un changement majeur dans le traitement de l'émission...celui d'un travail en profondeur sur l'imaginaire. Fort Boyard avait déjà un univers bien à lui lors des deux premières saisons mais l'idée à présent est de le rendre plus tangible en donnant à l'ensemble un aspect plus spectaculaire, plus théâtral. On peut penser que l'objectif est d'adapter l'atmosphère aux plus jeunes. D'ailleurs Patrice Laffont les interpelle régulièrement dans ses conversations avec les téléspectateurs. Exemple de saynète en introduction du Calcul à la suite : "Il y a un problème, le Professeur désagrégé n'est pas contant les enfants, parce que maintenant vous ne faites pratiquement plus de calcul mental, il n'y a plus que des calculettes électroniques...".

Les nouvelles épreuves se montrent menaçantes comme la Cellule qui rétrécit et le Baril de poudre. Elles impliquent plus de personnages comme la Cagoule ou le Tirer de corde. Avec l'Homme volant, le Pont de singe, on multiplie les aventures aériennes qui sont pourtant vues comme dangereuses par l'opinion publique de l'époque. Que ce soit lors d'une saynète, en introduction d'une épreuve ou en suivant les réactions de l'équipe le jeu de cadrage employé permet de créer une ambiance valorisant l'héroïsme, l'action, la tension, la féerie, l'humour ou le mystère et ce plus que par le passé. L'accroissement du nombre de saynètes par émission et les interactions avec les nombreux personnages vont apporter de la crédibilité et de la profondeur à l'ensemble.

Les modifications apportent une meilleure immersion dans l'aventure autant pour les candidats que pour le téléspectateur

L'animation des présentateurs est encore plus concernée par la diégèse de Fort Boyard. Jusque alors, elle était principalement supportée par le jeu d'acteur de Patrice Laffont, par ses histoires improvisées.

Valérie Pascale, jeune animatrice télévisé, prend la place de Sophie Davant. Cette dernière quitte l'animation de Fort Boyard pour celle de La piste de Xapatan, une autre aventure de Jacques Antoine se déroulant dans la jungle mexicaine. Même si Valérie Pascale a une animation proche de sa prédécesseure, elle se démarque sur plusieurs détails. Elle est plus extravagante dans son animation. Par exemple lors de la présentation des candidats ou des conversations avec Patrice Laffont, elle est avenante et facétieuse. Par jeu, elle n'hésite pas à défendre son équipe, à taquiner et à tenir tête au maître du Fort ou à gentiment plaisanter avec Passe-Partout et les candidats. Elle est aussi plus affirmée quant il s'agit de motiver les joueurs : grondant une équipe ou un candidat pas assez performant. Cette excentricité cherche à créer une plus grande complicité avec l'équipe et le téléspectateur, à renforcer son rôle de soutien aux assaillants du fort. De manière plus visible, elle fait face à la domination du Maître du fort et au défi de cette aventure.

Mais c'est l'animation de Patrice Laffont qui est la plus impactée par la nouvelle direction artistique de la saison. On n'y retrouve plus son humeur sombre et mystérieuse de l'année précédente, son ton posé et réfléchi. Pour correspondre aux nouvelles attentes, ses émotions sont maintenant exacerbées : il fait de l'humour, il s'agite et cabotine s'il le faut. Il reste néanmoins un homme d'autorité en défiant les candidats ou en passant en revue la population du fort au grès des saynètes. On lui donne une nouvelle facette dans son rôle de maître du fort : il lui arrive d'être dépassé par la vie qui y règne, tentant de contenir cet univers agité. Il se fait poursuivre par une Pénélope Gadoue furieuse ou finit ridiculisé par les talents du Magicien. On donne du crédit à plusieurs de ces interventions en les scénarisant et en faisant appel à des effets spéciaux de toutes sortes en particulier lors de plusieurs apartés avec les téléspectateurs. Comme cette saynète où il fait la démonstration d'un raccourci pour rejoindre les candidats en traversant un mur tel un fantôme ! C'est ces façons de faire que va suivre le présentateur et qui vont faire écho les saisons suivantes.

Avec toutes ses améliorations, on peut dire que la saison 1992 est l'amorce de « la magie de Fort Boyard » qui prendra de plus en plus d'ampleur dans les années qui vont suivre...

Un étonnant été

Tout est prêt. On espère avoir fait du mieux possible pour cette saison. Les émissions sont enregistrées. Le public trépigne d'impatience. Et les chiffres d'audience de la première de cette nouvelle saison l'attestent : 7 455 000 de téléspectateurs pour 35% de part de marché. Il s'agit du meilleur début de saison de l'histoire du jeu télévisé ! La suite n'augure que du bon. Les premières émissions ont des scores confortables : en moyenne 6 millions de téléspectateurs pour 32% de PDM. Fort Boyard commence une nouvelle année qui s'annonce excellente.

Une nouvelle saison est annoncée, le public est bien présent au rendez-vous du vendredi soir !

Mais lors de la transition entre les juillettistes et les aoûtiens, le vent tourne curieusement. Le 31 juillet, on voit des chiffres inhabituels : 3 500 000 téléspectateurs et un PDM de 21%. L'audience revient péniblement tout au long du mois d'août pour revenir à la normale le 28 avec l'équipe des Matadors. Sur les 8 diffusions de l'été, 3 sont en dessous de la barre des 5 millions de téléspectateurs. À titre de comparaison, les plus bas scores d’audiences de la saison 1991 n'allaient jamais en dessous de 5 000 000 de téléspectateurs et de 25% de PDM. À une époque où l'essentiel des français se contentait de six chaînes de télévision, tous ces chiffres étaient alarmants. C'est donc un premier soufflet en trois ans d'existance.

Alors quid de cette perturbation ? Après l'engouement autour du retour du programme, serait-ce une déception générale face à cette nouvelle mouture ? Une lassitude se serait déjà installée ?

On le sait, le public français est très attaché à l'identité d'une émission et les changements sont peu appréciés en général. Le départ de Sophie Davant aurait-il grandement déçu ? Petit Gervais, nouveau partenaire de l'émission innove de ces prédécesseurs en s'affichant dans l'habillage de l'émission dans le cadre d'un jeu-concours. Serait-ce une intrusion gênante qui décrédibilise l'univers du jeu ? Est-ce tout cela à la fois ou tout autre chose ?

Un sponsor plus envahissant que les autres ?

En fait le problème est ailleurs...tout se joue au niveau des diffusions. On peut exprimer deux hypothèses qui peuvent se combiner. Premièrement en 1991, l'émission a eu le temps de se faire découvrir du public puisque la première de la saison a eu lieu fin juin là où la saison suivante, elle, a eu lieu à la mi-juillet. Il est probable que le programme ait commencé trop tard durant l'été pour anticiper le passage des juillettistes aux aoûtiens. Deuxièmement du 25 juillet au 9 août se déroulent les Jeux Olympiques à Barcelone. Diffusé sur quatre chaînes françaises, le programme doit faire face à une forte concurrence qui a dû avoir un impact sur les audiences attendues. Peut-être que les nouveautés n'ont pas assez marqué pour garder une attention constante tout l'été ?

Mais au sujet de l'émission, la remontée des audiences au mois d'août et le deuxième meilleur score de la saison en début septembre avec plus de 6 millions de téléspectateurs montre bien que l'intérêt que porte le public pour le programme est toujours présent. Finalement le travail exécuté en 1991 et perfectionné en 1992 a permit aux téléspectateurs de se raccrocher à l'émission.

« La fin de l'été arrive, la rentrée scolaire sera une bonne opportunité pour rehausser ces scores. » La production pourrait se rassurer avec un telle conclusion. Pourtant les événements ne vont pas aller en s'arrangeant à partir du mois de septembre...

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Publication : mardi 7 avril 2020
Écrit par Cosser

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